Huguette, 87 ans : « Si un jour je tombe malade, je choisirai l’euthanasie »

Elle a 87 ans et est « en pleine forme ». Huguette sait que le jour où sa santé se dégrade, elle ira mourir en Suisse. Car la retraitée milite depuis 1987 pour une fin de vie digne.

Depuis son appartement du centre-ville de Strasbourg (Bas-Rhin), Huguette nous raconte son quotidien. Marche quotidienne sur les quais, rendez-vous culturels ou esthétiques, la retraitée ne s’ennuie pas. Car la Strasbourgeoise est en pleine forme. « Mais si un jour ma santé se dégrade, je veux pouvoir mourir quand je le souhaite », explique-t-elle.

Sa décision est prise depuis longtemps et perdure. En 35 ans de militantisme au sein de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), elle déplore qu’en France, « la loi n’avance pas plus vite ».

Après un avis du comité d’éthique jugeant possible une « aide active à mourir », une « consultation citoyenne » sur la fin de vie a été annoncée le 13 septembre par Emmanuel Macron. Car la législation ne permet pas en France d’avoir recours au « suicide assisté ». Un terme qu’Huguette n’aime d’ailleurs pas trop.

« C’est ma vie, c’est ma mort »
« Il faudrait dire euthanasie volontaire, pas suicide assisté », estime-t-elle. Car dans son cas, c’est la notion de dignité qui fait mouche. « Vu mon âge, il est possible que mon état de santé se dégrade rapidement et à ce moment-là je suis favorable à une euthanasie volontaire », poursuit-elle. A 87 ans et demi, Huguette veut mourir « vite, bien et sans souffrir ». « C’est ma vie, c’est ma mort », résume-t-elle.

Ses proches sont au courant de sa décision et l’acceptent. « Bien sûr, si je ne peux pas donner mon consentement à un moment donné, c’est eux qui prendront le relais », explique-t-elle. Mais elle ne s’en fait pas : « Ils respecteront mes choix ».

Seul évènement qu’elle ne veut pas manquer : la naissance d’un arrière-petit enfant. « Ma petite fille est enceinte, et j’aimerais connaitre le bébé », explique-t-elle en souriant.

Inégalités dans l’accès à la fin de vie
Si Huguette tombe malade, elle veut pouvoir aller mourir en Suisse. « C’est pas loin », sourit-elle. Une démarche qui, elle le sait, a un certain coût. « Moi je peux payer mais ce n’est pas le cas de tout le monde ». Et pour cause, il lui en coûterait 10 500 francs suisses, selon la plaquette informative d’une association proposant la démarche. Soit près de 11 900 euros.

Huguette se réjouit donc des débats à venir, et de la consultation publique. « C’est bien qu’ils consultent tout le monde, mais il faudrait surtout demander aux premiers concernés », nuance-t-elle.

Pour le « droit de choisir »
A l’ADMD, les militants luttent pour le « droit de choisir », explique son délégué départemental Robert Wohlfahrt, médecin généraliste à Wissembourg (Bas-Rhin). « J’ai 75 ans, je ne sais pas comment je serai lorsque je m’approcherai de la mort, ni ce dont j’aurais envie », explique-t-il. Le modèle belge lui semble le plus adapté, c’est-à-dire celui de l’euthanasie. « La personne qui souhaite mettre fin à sa vie consulte un premier médecin, puis il y a un délai, il en consulte un second et formalise sa demande à l’écrit », explique-t-il.

En Suisse, c’est le patient qui, seul, s’administre le produit léthal, d’où l’appellation « suicide assisté ».

Et à terme, il imagine même un modèle où la maladie et l’imminence certaine et inéluctable de la mort ne seraient plus des critères d’accessibilité pour demander à mourir. « Dans un premier temps, c’est sûr que la condition physique de la personne conditionnera l’accès à l’euthanasie, mais dans trente ans peut-être que ce ne sera plus le cas », suppose-t-il.

Un soutien massif de la population
En février 2022, une étude menée par L’Ifop pour l’ADMD recensait 94% de « oui » à la question « la loi française devrait-elle autoriser les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie de ces personnes atteintes de maladies insupportables et incurables si elles le demandent ? ». Oui « absolu » (51%) ou oui « dans certains cas » (43%), la tendance semble claire.

Pour l’instant en France, trois textes régissent la fin de vie, codifiés par un code de la santé. Il est possible depuis 2005 (loi Leonetti) de signer un document appelé « directive anticipée » prévoyant les soins que la personne souhaite ou non recevoir dans des situations bien concrètes – limiter ou arrêter les traitements, être mise sous respiration artificielle, subir une intervention chirurgicale…

Des avancées, mais pas assez
En 2016, une nouvelle loi vient permettre aux personnes malades de demander à leurs médecins d’être endormies (sédatées) profondément jusqu’à leur décès. Mais ce, uniquement lorsque le « patient [est] atteint d’une affection grave et incurable », « dont le pronostic vital est engagé à court terme », qu’il « présent[e] une souffrance réfractaire aux traitements » et « si l’arrêt d’un traitement est susceptible d’entraîner une souffrance insupportable ».

Pour Huguette, le principal frein à une évolution vers une fin de vie digne comme elle l’entend est la religion. « J’ai déjà entendu des personnes dire que c’est à Dieu de décider de notre vie et de notre mort, mais je ne suis pas d’accord », précise-t-elle. Elle insiste : « C’est à chacun de décider comment il veut mourir ».

Pas question donc de forcer qui que ce soit, à quoi que ce soit. « Il ne s’agit pas non plus de permettre à quelqu’un qui serait un peu triste après une peine de cœur d’y avoir recours », conclue Robert Wohlfahrt.

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Monde Intéressant
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